Le bulletin mensuel de Santé publique France du 7 juillet 2026 analyse les recours aux urgences et à SOS Médecins pour différents indicateurs de santé mentale au cours du mois de juin 2026. Il repose sur les données du réseau OSCOUR®, qui couvre environ 97 % des passages aux urgences en France, et sur celles de 62 associations SOS Médecins.

Chez les enfants et les adolescents, la majorité des indicateurs diminue entre mai et juin 2026. Cette évolution doit cependant être nuancée : les passages aux urgences pour idées suicidaires restent supérieurs aux niveaux observés entre 2023 et 2025, particulièrement chez les 11-17 ans. Les recours pour troubles de l’alimentation sont également légèrement supérieurs aux années précédentes, même si les effectifs concernés restent faibles.

Chez les adultes, la situation apparaît plus défavorable. Les passages aux urgences pour gestes suicidaires, idées suicidaires et troubles anxieux augmentent par rapport au mois de mai. Les recours pour idées suicidaires demeurent supérieurs aux années précédentes chez les 18-64 ans. Les données de SOS Médecins montrent également des niveaux élevés d’angoisse chez les 25-64 ans et d’états dépressifs chez les 18-64 ans.

Les indicateurs concernant les troubles de l’humeur, les troubles psychotiques, les troubles du comportement et les intoxications liées à l’alcool restent globalement proches des niveaux des années précédentes.

Analyse

Ce bulletin ne constitue pas une étude de la prévalence des troubles psychiques dans la population. Il mesure avant tout des recours à des dispositifs d’urgence. Les évolutions observées peuvent donc dépendre à la fois de l’état psychique de la population, de l’accès aux soins, des pratiques de recours et du codage des diagnostics.

Il met néanmoins en évidence trois éléments préoccupants.

Le premier concerne la persistance des idées suicidaires chez les adolescents. La diminution mensuelle constatée en juin ne doit pas masquer le fait que leur niveau reste supérieur à celui des trois années précédentes. Cette persistance évoque moins une variation ponctuelle qu’une souffrance psychique durable, qui nécessite une attention particulière.

Le deuxième concerne les adultes en âge d’activité. L’augmentation des recours pour anxiété, angoisse, états dépressifs et idées suicidaires chez les 18-64 ans peut témoigner d’une fragilisation psychique qui ne trouve parfois une réponse qu’au moment de la crise.

Enfin, ces données interrogent la saturation des dispositifs ordinaires. Lorsque les consultations spécialisées sont difficilement accessibles ou soumises à des délais importants, les urgences deviennent un recours par défaut. L’augmentation des passages ne signifie donc pas seulement que les troubles progressent : elle peut également révéler les insuffisances de l’offre de soins en amont.

Renforcer la prévention et le repérage précoce

Il paraît nécessaire de développer le repérage des signes de souffrance psychique avant l’apparition d’une situation de crise : retrait relationnel, rupture scolaire, troubles du sommeil, conduites à risque, troubles alimentaires, automutilations ou expression d’idées suicidaires.

Ce repérage suppose de mieux former et coordonner les professionnels qui entourent les adolescents : médecins généralistes, infirmiers scolaires, enseignants, éducateurs, services sociaux et professionnels de la santé mentale.

Consolider les Maisons des adolescents

Les Maisons des adolescents occupent une place essentielle sur les territoires. Leur accessibilité, leur accueil souvent sans condition préalable et leur approche pluridisciplinaire permettent de recevoir des adolescents qui n’iraient pas spontanément consulter dans un service psychiatrique.

Mais leur capacité d’action demeure très inégale. Certaines MDA, notamment en Île-de-France, disposent de moyens insuffisants au regard de la population couverte et de l’augmentation des demandes. Il serait donc nécessaire :

  • d’augmenter durablement leurs moyens humains et financiers ;
  • de réduire les délais d’accueil ;
  • de garantir la présence de professionnels assurant un véritable suivi psychologique ;
  • de renforcer les liens avec les établissements scolaires, les médecins, les CMP, les services hospitaliers et les associations, des programmes existent ;
  • de permettre une continuité entre l’accueil, l’évaluation et la prise en charge.

Préserver la pluralité des approches cliniques

La prévention ne peut pas se limiter à l’évaluation standardisée du risque ni à la seule disparition du symptôme. Les manifestations anxieuses, dépressives, alimentaires ou suicidaires ont aussi une histoire et une fonction singulières.

Une orientation psychanalytique peut contribuer à entendre ce que le symptôme exprime du conflit psychique, des relations familiales, des transformations pubertaires, des expériences de perte ou des difficultés d’inscription sociale. Elle ne s’oppose pas aux autres approches ni aux traitements médicaux lorsqu’ils sont nécessaires : elle apporte un espace dans lequel l’adolescent peut mettre en mots et élaborer ce qui, jusque-là, se manifeste par le corps, l’agir ou le retrait.

Organiser un véritable parcours de soins

Après un passage aux urgences pour idées ou geste suicidaire, la sortie devrait être accompagnée d’un relais identifié, accessible rapidement et chargé de maintenir le lien avec le jeune et sa famille. Une consultation ponctuelle ne suffit pas toujours : certains adolescents ont besoin d’un travail psychothérapeutique inscrit dans la durée.

L’enjeu est ainsi de passer d’une logique principalement centrée sur la gestion des crises à une politique qui permette l’accueil, l’accompagnement et l’élaboration de la souffrance psychique.

Un dispositif en expérimentation existe:

Le dispositif Calligramme : un exemple de continuité après les urgences

Le dispositif Calligramme, mis en place dans les Hauts-de-Seine par la Docteure Dominique Tourrès-Landman, illustre concrètement la nécessité d’organiser un relais après le passage d’un adolescent aux urgences. Il permet qu’une prise en charge soit proposée et organisée à la suite de cet épisode, afin que le jeune et sa famille ne se retrouvent pas seuls une fois la crise immédiate contenue.

Un passage aux urgences pour idées suicidaires, geste suicidaire ou autre manifestation aiguë ne constitue, en effet, qu’un temps du soin. S’il permet d’évaluer le danger et d’apporter une première réponse, il ne suffit pas à traiter la souffrance psychique qui a conduit à la crise. Le dispositif Calligramme cherche ainsi à éviter les ruptures de parcours en créant une articulation entre l’urgence et un accompagnement ultérieur.

Cette continuité facilite une reprise de contact rapide et l’engagement dans un travail thérapeutique adapté. Elle ouvre aussi la possibilité d’entendre ce que le passage à l’acte ou la crise vient exprimer dans l’histoire singulière de l’adolescent, au-delà de la seule évaluation du risque. Une telle organisation représente donc un modèle particulièrement pertinent : elle transforme le passage aux urgences en point d’entrée vers un soin psychique suivi, plutôt qu’en intervention isolée.

Le bulletin complet est disponible ici : Santé mentale – Bulletin mensuel du 7 juillet 2026.