L’enquête nationale 2026 de l’Association nationale des Maisons des adolescents (ANMDA) donne à voir l’importance prise par les Maisons des adolescents dans les parcours des jeunes. Elle révèle aussi une tension préoccupante : alors que le réseau se développe, accéder rapidement à un rendez-vous devient plus difficile.
Selon cette enquête, les MDA auraient accompagné individuellement plus de 103 000 jeunes en 2025. Ce chiffre est une estimation nationale établie à partir des réponses recueillies. Les MDA mènent également des actions collectives auprès des adolescents, des parents et des professionnels. Leur activité dépasse ainsi largement les seuls entretiens individuels.
Mais les équipes décrivent des situations plus complexes. La souffrance psychique se présente rarement seule : elle peut s’entremêler avec un refus scolaire anxieux, des violences intrafamiliales, des difficultés relationnelles ou une situation de crise. Dans le même temps, les possibilités d’orientation vers d’autres lieux de soin se réduisent. En 2026, 49 % des MDA déclarent pouvoir proposer un rendez-vous en moins de deux semaines, contre 65 % en 2024. Et 83 % indiquent garder fréquemment ou systématiquement des jeunes plus longtemps lorsque les relais disponibles font défaut.
Ces données posent une question qui concerne tous les professionnels travaillant avec des adolescents : comment rester un lieu d’accueil et d’élaboration lorsque l’urgence et l’attente d’un relais occupent une part croissante du travail ?
Dans ma pratique clinique, je mesure combien la première rencontre ne se résume pas à repérer un symptôme ou à proposer une orientation. Un adolescent peut avoir besoin de temps pour comprendre ce qui l’amène, éprouver la fiabilité du cadre et trouver ses propres mots. Il peut aussi s’approcher d’un lieu de soin, s’en éloigner, puis y revenir. Ces mouvements demandent une disponibilité qui se laisse difficilement réduire à un délai ou à un nombre de rendez-vous.
Les Maisons des adolescents ont une place précieuse parce qu’elles peuvent accueillir cette hésitation et faire dialoguer plusieurs regards : psychologique, médical, éducatif et social. Elles peuvent aussi travailler avec les parents sans effacer la parole singulière du jeune. Préserver cette fonction suppose de soutenir les équipes, mais également de renforcer les partenaires vers lesquels elles orientent. Une MDA ne peut compenser seule la saturation des soins en aval.
L’enquête invite enfin à regarder la situation territoire par territoire. Une couverture géographique annoncée ne dit pas, à elle seule, si un adolescent peut effectivement rejoindre un lieu, obtenir un rendez-vous et poursuivre un travail lorsque celui-ci devient nécessaire. C’est particulièrement important dans des territoires très peuplés comme l’Île-de-France, où les besoins et les conditions d’accès peuvent varier fortement.
Soutenir les Maisons des adolescents, c’est préserver des lieux où une demande peut se formuler avant qu’elle ne devienne une crise. C’est aussi reconnaître que le soin psychique des adolescents a besoin de continuité, de liens entre professionnels et de temps pour la rencontre.
Source : ANMDA, « Enquête nationale des Maisons des adolescents – Synthèse des résultats 2026 », rapport remis le 5 juin 2026.