Recevoir un adolescent, travailler aussi avec ses parents
Lorsqu’un adolescent vient consulter, la demande émane souvent d’abord de ses parents. Pourtant, aucun travail thérapeutique ne peut véritablement commencer sans que l’adolescent puisse comprendre ce qui motive cette démarche et se l’approprier, au moins en partie.
Je propose donc une première consultation réunissant l’adolescent et ses parents. Ce temps commun permet d’entendre les inquiétudes de chacun, de comprendre la demande parentale et d’observer comment l’adolescent la perçoit : la partage-t-il, la conteste-t-il ou lui donne-t-il un autre sens ?
Au cours de cette même séance, je reçois ensuite l’adolescent seul pendant une dizaine de minutes. Les parents sont invités à patienter à l’extérieur. Cet échange individuel me permet de lui demander s’il souhaite réellement commencer un suivi et de lui préciser que cet espace sera le sien. Une thérapie ne peut pas être seulement décidée pour lui : elle suppose son accord et son engagement.
Les parents reviennent ensuite, toujours en présence de leur enfant. Ensemble, nous déterminons les modalités du travail : son rythme, son organisation et le cadre dans lequel il pourra se dérouler.
Préserver la confidentialité sans exclure les parents
L’espace thérapeutique de l’adolescent doit être protégé. Ce qui se dit au cours des séances reste confidentiel, dans les limites prévues lorsque sa sécurité ou celle d’un tiers est en jeu. Cette confidentialité est indispensable pour qu’il puisse parler librement, sans craindre que ses propos soient immédiatement rapportés à ses parents.
Pour autant, préserver son intimité psychique ne signifie pas exclure totalement sa famille. Les parents s’interrogent légitimement sur l’évolution de leur enfant et souhaitent souvent savoir comment le travail avance.
Une ou deux fois dans l’année, selon les besoins et toujours avec l’accord et en présence de l’adolescent, une séance commune peut être organisée. J’encourage alors celui-ci à prendre lui-même la parole et à dire ce qu’il estime nécessaire de partager. Ma place est celle d’un tiers facilitateur : je soutiens la circulation de la parole, aide chacun à entendre l’autre et veille à ce que l’adolescent ne soit pas dépossédé de ce qui lui appartient.
Trouver une juste distance
Travailler avec un adolescent suppose ainsi de construire une relation thérapeutique avec lui, mais aussi une alliance avec ses parents. Il s’agit d’un équilibre délicat : protéger son espace personnel tout en maintenant un lien suffisamment rassurant avec sa famille.
Le thérapeute n’a pas à tout dire aux parents, pas davantage qu’il ne doit les tenir à distance de manière systématique. Il s’agit plutôt de chercher, avec chacun, ce qui peut être partagé et ce qui doit rester confidentiel.
En dehors des séances, l’adolescent demeure naturellement libre de parler à ses parents de ce qu’il traverse et de son travail thérapeutique. Il choisit ce qu’il souhaite leur confier, à son rythme. Respecter cette liberté, c’est déjà reconnaître qu’il devient progressivement le sujet de sa propre parole.